mercredi 22 juin 2016

Tonnerre et Paratonnerre !

Dans les archives de Fort-National se trouvent à la fois de très grands et de tout petits projets.

Le projet d’installation de 2 paratonnerres à la Caserne, en 1881, est de ceux là.
Etudié par les services du Génie Militaire, le dispositif prévoyait 2 paratonnerres aux extrémités de la de la grande Caserne "Ruillières" (dite le Chalet ces dernières années). 

Les tiges en ferronnerie avaient une hauteur d’env. 7m et se terminaient par une pointe dorée de 50cm de longueur.
Les quelques dessins techniques très soignés illustrent le souci du détail, spécifique au Génie Militaire. Aucun document ne montre si le projet a abouti. Les paratonnerres n'apparaissent pas dans les premières photos de la Caserne. 




 « La structure d'un paratonnerre est composée d'une tige placée en hauteur puis connectée à la terre par un ou plusieurs éléments métalliques appelé(s) conducteur(s) de descente capable(s) de conduire cette électricité » (wikipédia)

Dessin montrant le principe du paratonnerre (Wikipédia)








mercredi 2 septembre 2015

Fort-Napoléon, sur le Souk-El-Arba des Béni Raten. Tracé de l'enceinte définitive et distribution des établissements militaires - Plan du 23 juin 1857


"Fort-Napoléon, sur le Souk-El-Arba des Béni Raten.
Tracé de l'enceinte définitive et distribution des établissements militaires - Plan du 23 juin 1857"
signé par le Maréchal Randon et le Baron Chabaud de la Tour (=> "l'architecte")" 

Ce plan est trés important, d'abord car c'est le tout premier projet du Fort (qui sera modifié par la suite) mais surtout, parce qu'il représente le village d'Icheri3wen, "Icheraouia" dont il n'existe que peu de traces graphiques (son emprise existe sur 1 autre plan de 1857 ).

Il nous permet ainsi de situer précisément le village pré-existant à Fort-National, sur les hauteurs au niveau de la grande Caserne.
C'était un village d'environ 130m de long sur 45m de large (suivant échelle graphique du plan) et constitué de 80 maisons d’après E. Carey qui écrivait ceci dans "Récits de Kabylie" :

« Fort-Napoléon comprendra dans son enceinte le plateau entier de Souk-el- Arba, y compris le village d'Icheraouia, dont les maisons couvrent le sommet le plus élevé.

Le maréchal a fait offrir à ses habitants, qui, de tout temps, ont été fidèles à notre cause, de leur payer leurs maisons ou de leur en construire d'autres, à leur gré. Ils ont accepté l'argent, et opèrent déjà leur déménagement, vers les bourgades voisines. Moyennant 25,000 fr., les quatre-vingts maisons du village kabyle avec leurs jardins, cours et dépendances sont devenues propriétés de l'État. »

Comme vous l'imaginez, ça ne s'est pas tout à fait passé ainsi....
Les habitants d'Icher3iwen s'exilèrent en majeure partie à Tizi Rached.

Le village fût conservé quelques années comme logements des officiers, puis il fut rasé.
Sur le plan de 1862, le village n’apparaît plus; des casernements sont érigés à sa place jusqu'à la construction de la grande Caserne Rullières à partir de 1871

vendredi 21 août 2015

Balade littéraire avec Samir Toumi à Larbaâ-Nath-Irathen - Une invitation à l’anamnèse collective

Article de Said Ait Mebarek - Le Soir d'Algérie - 24 mai 2014
Photos : Bouchra Bendris 
Visite guidée à Larbaa-Nath-Irathen,  le 09 mai 2014 
avec les jeunes de l'association Tiddukla Taddelsant Igawawen 


Rencontre sur le mode du voyage et de la recherche du temps perdu
Ce raccourci résume l’esprit de la balade littéraire autour du roman effectuée avec Samir Toumi invité, vendredi dernier, du café littéraire et philosophique de l’entreprise Emev dirigée par le dynamique Malek Amirouche dont l’initiative de déplacer ce rendez-vous littéraire, habituellement organisé à Tizi-Ouzou, vers la ville de l’ex-Fort-National, a donné un éclat particulier à un événement qui a permis la convergence de deux passionnés des mots et de la ville, en l’occurrence Samir Toumi, l’écrivain, et Lynda Ouar, l’architecte dont les quêtes obsessionnelles autour du temps et de l’espace sont une invite à l’anamnèse commune, un voyage dans le temps pour donner du sens à un présent tourmenté, une quête d’équilibre dans le chaos existentiel.

En véritable arpenteurs du temps, l’architecte et le romancier tentent, à travers leurs expériences respectives, d’explorer le passé pour reconstituer les pans d’une mémoire oblitérée par le temps et, par ricochet, une identité altérée par les contingences de l’existence.

De Fort-National à Larbaâ-Nath-Irathen : les murs de la ville pour dire l’histoire
En guise de prologue aux mots de Samir Toumi dont la conférence s’est déroulée à la bibliothèque communale, l’architecte Lynda Ouar a proposé un voyage dans la mémoire architecturale de Larbaâ- Nath-Irathen. «De Fort-National à Larbaâ-Nath-Irathen» est le thème de la visite guidée que l’architecte a effectuée avec et au profit des jeunes lycéens et collégiens de l'association Tiddukla Tidelsant Igawawen



Visite guidée à Larbaa-Nath-Irathen,  le 09 mai 2014
avec les jeunes de l'association Tiddukla Taddelsant Igawawen 

Un moment ludique, de découverte et de partage qui a permis à la vingtaine de filles et de garçons issus des collèges et lycées des Ath-Irathen de s’immerger dans le passé et l’histoire de leur ville dont la prise par l’armée coloniale, au XIXe siècle, et l’érection des fortifications autour de la cité dont ne subsiste, aujourd’hui, que peu de traces, marquent la domination totale de l’Algérie par l’armée d’occupation française. L’évocation de ce détail de l’histoire de la conquête française de la Kabylie est un témoignage aussi de la résistance héroïque des tribus kabyles à l’armada coloniale. 


Visite guidée à Larbaa-Nath-Irathen,  le 09 mai 2014 
avec les jeunes de l'association Tiddukla Taddelsant Igawawen 

L’architecte a illustré la balade touristique à travers les différents lieux historiques et les sites emblématiques de la ville par des photos de l’époque, des plans d’archives et des commentaires. Le récit qui permit de revisiter l’histoire d’une ville à laquelle les Français donneront le nom de Fort-Napoléon est une façon de «susciter une réflexion entre les acteurs institutionnels et les citoyens sur la valorisation et l’utilisation du patrimoine colonial dont le potentiel touristique peut devenir un levier économique important pour la région si des politiques adéquates sont mises en œuvre», explique la doctorante en architecture sur une page Facebook consacrée à son projet de promotion du passé urbanistique de sa ville dont les marqueurs essentiels sont des édifices et des ouvrages datant de l’ère coloniale. «Il ne s’agit pas d’un ressassement nostalgique, ni d’une célébration béate du passé colonial de notre ville, se défendent les organisateurs de la journée, mais une manière, ajoutent-ils, de se réapproprier une mémoire et une histoire marquée par les luttes, les sacrifices et la résistance populaire contre l’occupation coloniale française de l’Algérie». 


Déambulations littéraires et oniriques sur fond de recherche proustienne
«D’une ville à l’autre !» La formule est de l’auteur de Alger, le cri qui marque ainsi la transition entre les mots de l’architecte qui a évoqué la mémoire et les murs de sa ville, Larbaâ-Nath-Irathen, et sa prise de parole dans l’après-midi, pour dire la sienne, Alger, à sa manière. L’intermède musical avant l’entame de la conférence est un moment suggestif et une invitation à l’exploration de lieux connus ou inconnus, en tout cas rêvés et fantasmés et qui sont suggérés par les trémolos et les intonations de tristes et mélancoliques de la voix de Malek Kezoui, un jeune chanteur non voyant qui ajoutent à l’intensité émotionnelle du moment. Un pathos qui inspire cette dégression au romancier qui laissera parler sa sensibilité pour saluer l’artiste. «Malek est un chanteur non voyant pétri de talent, il a illuminé son auditoire par l’émotion et la sensibilité qui émanent de sa voix. Une voix sublime qui rappelle celle de Césaria Evora. La ballade amoureuse qu’il a interprétée est un voyage mélodique. J’ai l’impression d’être entre la Kabylie, le Cap et le Portugal», enchaînera Samir Toumi, toujours sur le mode du voyage et de la quête de l’ailleurs.





Ecrire pour réparer les mutilations de la mémoire
La suite est une leçon de littérature sur l’usage du «je», le rapport au temps et à l’espace de l’auteur interrogé sur d’autres artifices littéraires utilisés dans son roman. L’échange sur un ton, un tantinet polémique, de l’écrivain avec son auditoire permit à l’auteur de Alger, le cri de s’expliquer et de justifier ses choix narratifs et, notamment, l’usage du «je», les raisons de la sublimation de sa ville.


 «Pourquoi vous avez écrit Alger se mérite ?» interpellent certains intervenants qui voient dans la formulation de l’auteur une sorte de quant-à-soi de sa part, un appel à l’enfermement et au rejet de l’autre. Un jeune étudiant interviendra avec pertinence pour dire à Samir Toumi que beaucoup d’éléments et de détails rencontrés dans son roman lui rappellent l’épisode de la madeleine dans "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust, un romancier pour qui le thème de la mémoire et de la recherche des souvenirs sont des éléments mis en texte pour faire ressurgir des impressions, une ambiance rappelant le passé, à travers l’ensemble de son œuvre romanesque. 

Samir Toumi, Dans "Alger, le cri", laisse libre cours, par l’entremise de son narrateur, à ses pérégrinations mémorielles. Entre délires oniriques, les effluves de sa mémoire où se mêlent les odeurs, les sons, les bruits et les lumières d’Alger, Samir Toumi avoue que son roman est le récit de ses «déambulations» dans la ville qui l’a vu naître et grandir et qui servira d’espace-temps à son expérience scripturaire. «Alger est mon thérapeute», avoue Samir Toumi, ajoutant pour mieux s’expliquer sa démarche d’écriture que le «je» du narrateur est un «je introspectif». 

S’ensuivent d’autres explications sur le livre qui a été identifié comme étant fait sur et autour d’Alger. «J’avais envie de libérer une parole personnelle, exercice compliqué auquel Alger a donné le la. Etant natif d’Alger, cette ville m’a tenu la main ; elle a compensé ma difficulté à parler de moi. Ma balade à travers Alger m’a permis de libérer mes émotions, de mes délires, de mon angoisse», une manière de dire l’indicible par les mots, selon Samir Toumi. «Je suis dans la quête du cri mais je me rends compte que le cri n’est jamais personnel», reconnaît-il, réfutant être dans la nostalgie et la célébration narcissique de sa ville. «J’ai dit Alger se mérite, en ayant le regard juste et le sentiment qui me lie à Alger, car on peut passer à côté de quelque chose, s’il nous manque un détail, ce ‘‘je ne sais quoi’’ qui nous lie à cet espace», dira Samir Toumi. 

Roman introspectif qui sonde les méandres d’une mémoire et d’un vécu personnels. Par le jeu de la métaphore, Samir Toumi est dans la recherche d’un univers perdu, celui de son enfance et de son passé ; il s’attache, par le truchement de la mémoire involontaire, à la manière de Marcel Proust, à recréer et à se réapproprier un passé et un univers perdu et enfoui sous les couches successives du temps. Il reste que Alger, le cri qui, même s’il est le reflet d’une expérience et d’un parcours individuels, est aussi un roman qui interpelle et provoque des résonances chez tout le monde. En recréant une proximité avec des lieux, des événements, une époque révolue, une ambiance du passé transgressés par le présent, Alger, le cri est aussi, par extension, le miroir d’une mémoire, d’une conscience collective. 


S. Aït Mébarek



dimanche 25 janvier 2015

Les otages des Beni Raten - article de l'Illustration - juillet 1857


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Suite à la prise de Souk el Arba le 24 juin 1857, les chefs de la tribu des Ath Irathen furent contraints de livrer des otages en gage de soumission. Les 62 otages furent détenus au fort Bab-Azoun à Alger.
L'article "Les Béni-Iraten" paru dans l'Illustration de Juillet 1857 s'attache à décrire la tribu, son territoire, ses caractéristiques, faisant aussi référence à une description d'Ibn Khaldoun.
Quelques otages, dont deux chefs influents des Ath Irathen, sont choisis pour illustrer "les types des différentes têtes" des populations "kébaïles".
L'article est retranscrit intégralement en bas de page.

Mise en page générale




L'article : 
" Les Beni-Iraten


Le Tizi-Ouzou, le Col des Genêts en berbère, est dans la direction d’Alger à Bougie, la vraie porte de la Kébaïlie ; de tous les points par lesquels on peut entrer dans ce difficile pays, c’est incontestablement le plus facile.
Les Romains l’avaient reconnu aussi bien que nous, et de leur temps il était traversé par la grande voie qui leur avait servi à contenir les montagnards djerdjeriens.

Le nouvel établissement de Tizi-Ouzou, le point d’appui le plus important de nos opérations en Kébaïlie, n’était, il y a encore peu de temps, qu’une simple maison de commandement. Aujourd’hui il a acquis, sous l’influence de circonstances passagères, il est vrai, presque l’importance d’une ville, on vient de le mettre en rapport avec Alger par un service régulier de voitures : la distance est de 95 kilomètres.

Si de Tizi-Ouzou les regards se portent vers l’Orient, ils parcourent toute la belle et large vallée de l’Ouêd-Sebaou, qui coupe, pour ainsi dire, la Kébaïlie en deux parties : à gauche, ils s’arrêtent sur la longue chaîne littorale qui va de Delhi( ?) à Bougie ;  à droite sur les deniers ressauts de tous les contre-forts qu’envoient au loin les hautes cimes du Djerdjera, et les plateaux profondément ravinés du territoire des Zouaoua, ressauts escarpés, aux pentes abruptes, tout hérissés de roches, plongeant sur la vallée comme pour défendre l’accès des régions intérieures.

Parmi les populations installées sur ces versants et ces groupes plus ou moins roides, plus ou moins tourmenté, se trouvent les Beni-Iraten ou, comme nous les appelons communément, Beni-Raten, la rencontre des deux voyelles en ayant fait disparaître une, l’initiale, du mot le plus car il faut écrire et dire Iraten, comme le disent les indigènes eux-même.

Leur territoire, limité au nord par l’Ouêd-Sebaou, resseré à l’est et à l’ouest par deux affluents de cette rivière, est, du reste peu étendu ; il représente tout au plus 16 000 hectares. La partie la plus haute du pays est au sud ; c’est une crête assez allongée, dont le point culminant est connu sous le nom d’Abou-Dîd, et d’où partent deux chaînons secondaires qui, s’éloignant l’un de l’autre jusqu’à leur terme, donnent à la charpente générale du sol la forme d’un Y incliné à gauche. J’ai dit en commençant que le Tizi-Ouzou était l’une des portes de la Kébaïlie ; les Beni-Iraten, dont le territoire commence à 8 ou 10 kilomètres de là, s’en sont pour ainsi dire, regardés comme les gardiens à toutes les époques de leur histoire ; et il faut dire qu’ils ont noblement rempli ce rôle volontaire.

Voici ce que dit d’eux un écrivain arabe du quinzième siècle, Ibn-Khaldoun. On les retrouvera, dans ce passage, ce qu’ils se sont montrés il y a quelques jours à peine.

« Les Beni-Raten occupent, avec les Beni-Fraousen, leurs voisins, les montagnes situées entre Bougie et Delhi ( ?). C’est une retraite des plus difficiles à abordé, des plus faciles à défendre ; aussi bravent-ils de là la puissance du gouvernement de Bougie, et ils ne paient l’impôt qu’autant que cela leur convient.
De nos jours, ils se tiennent sur cette cime élevée, et défient les forces du sultan, bien qu’ils en reconnaissent l’autorité. Leur nom est même inscrit sur les registres de l’administration comme tribu soumise à l’impôt.
Sous la dynastie sanhadjienne, ce peuple tenait un rang très distingué autant durant la guerre que pendant la paix. Il avait mérité cet honneur en se montrant l’allié fidèle de la tribu de Ketama depuis le commencement de l’empire fatémide ».

A cette époque, il est vrai, ils étaient beaucoup plus puissants. On se rappelle quelle est l’étendue de leurs territoires ; c’est tout ce que leur ont laissé les guerres intestines et les empiètements des Turks. Sur cette surface vivent dans 31 villages, 20 à 22000 âmes qui comptent environ 7000 fantassins armés.

Il faut avouer que quand on a eu devant soi les premiers soldats de l’Europe, il eût été assez singulier d’être arrêté par de telles forces,
  fussent-elles augmentées des contingents fournis par les tribus voisines.
En enlevant toutes les positions des Beni-Raten avec cet entrain que l’on sait , en dominant le pays après quelques heures de combats, nos soldats ont montré une fois de plus que, s’ils ne dédaignent aucun adversaire, ils savent triompher facilement des résistances les plus opiniâtres. A l’heure qu’il est les Beni Raten ont abandonné toute idée d’indépendance, et la construction du Fort-Napoléon au centre de leur pays, leur apprendra qu’il ne leur reste plus qu’à se rallier franchement à nous, en imprimant à leur énergie, à leurs travaux, une direction utile et profitable pour tous.

La tribu a « donné comme gage de sa soumission soixante deux otages qui viennent d’être enfermés au fort Bab-Azoun , à Alger. C’est parmi eux que M. Lauret a choisi les types des différentes têtes qui accompagnent cet article.

Les Beni-Iraten ont le type de toutes les populations kébaïles, type dans lequel on reconnaît toujours celui de la race berbère, mais un peu vague, légèrement effacé, incertain peut-être, comme lorsque les traits ont gardé les traces de plus d’un mélange.

A les voir dans l’immobilité de l’attente, ils ont d’assez bonnes figures, si voisines de celles de nos races européennes qu’on leur donnerait évidemment, avec de tout autres costumes, une toute autre origine ; et cependant, au premier abord, l’ensemble de leur physique a un caractère de dureté qui frappe, empreinte éternelle laissée sur leurs fronts comme un stigmate par le rude travail qui est le partage de toute leur existence.


Ce labeur de la montagne n’est pas celui de la plaine, où tout est facile : là, il faut lutter contre une nature qui fait chèrement payer ce qu’elle donne avec une parcimonie étrange ; il faut s’armer sans cesse de courage et de patience ; aussi est-ce là le caractère distinctif du montagnard qui acquiert avec peine, mais qui sent ainsi bien plus vivement le prix de ce qu’il a acquis, et qui, habitué à surmonter les obstacles, enhardi par la position, confond bientôt son travail avec la grande indépendance d’action dont il a tant besoin, toujours prêt d’ailleurs à défendre l’une et l’autre avec la même énergie. » O. Mac-Carthy. L’Illustration. juil. 1857



mercredi 12 novembre 2014

Le Monument d'Icheriden

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Le monument d'Icheridene édifié à 8km de Fort-National, sur un plateau offrant un superbe panorama sur le Djurdura, est jusqu'à présent un lieu touristique incontournable de la région.

Toutefois, sans aucune indication historique, le contexte de sa construction est occultée et peut même porter à confusion... et pour ma part, lorsque j'y ai été emmenée, plus jeune, je pensais que c'était un monument construit par les kabyles pour célébrer une glorieuse bataille....

Ce n'est que des années plus tard que j'ai compris ce que représentait ce monument. Ce n'est qu'en me replongeant dans les textes de l'époque, que j'ai pu mesurer la portée de ce lieu, totalement désincarné à présent. 
Qui connait vraiment la violence, l'intensité et les enjeux des combats d'Icheridene ? 
Qui connait l'histoire du monument et le contexte de sa construction qui sont autrement intéressants ?

Hélas, le monument construit des années plus tard pour rendre hommage aux "martyrs" algériens ajoute à la confusion avec une plaque à l'inscription sommaire parlant de "martyrs" - terme plutôt associé à la guerre de Libération de 62 - et évoquant évidemment Fadma N'Soumeur qui pourtant ne s'est pas battue à Icheriden mais à Tirourda (cf. "Hommes et Femmes de Kabylie" / Edisud).

HISTORIQUE : 
Inauguré le 29 octobre 1895 par le Gouverneur Général d'Algérie, Jules Cambon, le monument d'Icheriden commémore deux victoires françaises décisives de l'Histoire coloniale en  Kabylie : 

1 - La Bataille d'Icheridene, le 24 juin 1857 : 
Après la prise de Souk el Arba le 24 mai 1857, Icheridene est la position décisive ,"la seule crête continue qui mène de Souk-el-Arba au Djurdjura", pour poursuivre l'invasion des territoires encore insoumis.
Emile Carrey relate en détail le déroulement et les enjeux de cette bataille dans ses "Récits de Kabylie". 
Le 2e régiment de la légion étrangère monte à l'assaut à Ischeriden, le 24 juin 1857
Aquarelle de Pierre Bénigni (selon sources web)
2- Le dernier combat de l’Insurrection Kabyle, le 24 juin 1871, durant lequel le général Lallemand mettait fin au soulèvement (suivant discours de J. Cambon ci-dessous et "Chroniques Tizi-Ouziennes" de J. de Crescenzo)
Texte intégral sur Gallica - BNF

L'EDIFICATION DU MONUMENT : 
C'est en 1894, lors de la visite en Kabylie du Gouverneur Général Cambon que les autorités civiles et militaires de Fort-National décidèrent de dresser un monument commémorant les deux batailles d'Icheridene. L'édifice devait aussi rendre gloire à l'Armée Française et Cambon choisit lui-même l'emplacement sur un plateau dominant une grande partie du massif kabyle.
On peut noter,par ailleurs, que cette construction s'inscrit dans un contexte plus vaste conséquent à la promulgation d'une loi française en 1890, laissant aux communes l'initiative d'édifier des monuments aux morts de la Guerre de 1870-1871. Les années suivantes voient ce type d'édifices se multiplier sur les lieux des batailles, les places publiques, les cimetières communaux des villes et villages. Que ce soit en métropole ou dans les colonies (Wikipédia "Les monuments aux morts de la Guerre de 1870 en France")


L'administrateur de la commune mixte de Fort-National, M. Masselot fut chargé d'organiser les fouilles pour retrouver, 37 ans après, les corps des soldats.
"Une première fosse est retrouvée au dessous du village d'Icheridene, à proximité des anciens retranchements kabyles. Elle concerne le combat du 24 juin 1857 [...] Les corps sont parfaitement identifiés grâce à leurs uniformes et aux godillots presque intacts. Boutons, galons d'uniforme, épinglettes, objets divers (pipes, portes monnaie...) sont pieusement recueillis et ramenés au Cercle Militaire de Fort-National où ils sont exposés dans une vitrine" ( Chroniques Tizi-Ouziennes - J. De Crescenzo)

Les fouilles se poursuivent sur d'autres lieux de combats et bivouacs des divers régiments : Plateau de Ouaïlel, Afensou, Taksebt. Les restes furent conservés à Fort-National jusqu'à leur transfert dans l'ossuaire bati sous le monument entre avril et juillet 1895.

DESCRIPTION :
Le Monument : 
« Pyramide quadrangulaire en pierre rouge du Jura, haute de 7,50m, (ndlr : base env. 5,7m - métré d’après photo) qui se dresse à mi-pente devant le village, dans un site des plus pittoresques. Sur le piédestal qui la supporte, on lit la composition des troupes et les noms des officiers tués. Cent trois soldats ont reçu une sépulture à Icheriden. » (source : « La France militaire monumentale » Général Bourelly - 1905. gallica.bnf.fr / BNF)

On peut s'étonner de la provenance de la pierre vu la proximité de carrières dans la région (Imainseren) mais vu sa couleur différente du calcaire utilisé pour la muraille et les autres édifices de la ville, cette indication est vraisemblable. 

L'ossuaire : 
L'ossuaire construit sous le monument serait constitué de 2 galeries contenant les restes des 103 soldats, selon un article de la Dépêche de Kabylie

Dans l'attente de sources plus complètes, et pour illustrer ce qu'est un ossuaire, on peut imaginer que cet exemple situé en Autriche, pourrait correspondre, au moins par ses dimensions, à celui d'Icheridene. 

Depuis sa construction le monument est devenu un lieu incontournable de la région, cité dans toutes les guides de l'époque, maintes fois photographié et proposé comme visite par tous les habitants de Larbaa-Nath-Irathen à leurs hôtes.... 

Monument d'Icheriden - années 1910/1915 
Monument d'Icheriden - années 1910/1915 - photo Renè PROUHO

ETAT ACTUEL : 
A l'instar de la plupart des vestiges coloniaux, le monument existe toujours mais, en l'absence de toute politique de sauvegarde ou d'entretien, il a été naturellement détérioré.  
Les plaques de marbre, la clôture, ont été pillées. La pointe du monument est tombée (vandalisée selon les dires car le sommet portait une croix) et a été grossièrement reconstituée avec des parpaings.

Toutefois, le monument, situé sur la commune d'Ait-Aggouacha ferait l'objet d'un projet de restauration.  




DEVOIR  DE MEMOIRE : 
En réponse à ce monument édifié à la gloire de l'Armée Française, un mémorial aux martyrs algériens des 2 batailles a été construit à quelques mètres, par delà la route.

Le monument lui même, assez massif et lourd, se situe au bout d'une longue esplanade en carreaux de ciment, bordée de lampadaires boules et d'une clôture barreaudée. 
Un aménagement médiocre qui illustre la peine que connait le pays à trouver une forme de qualité esthétique et architecturale dans toutes les réalisations.
Mais ce qui fait encore plus défaut, c'est l'explication historique. 

Seule une plaque de marbre indique que le monument est un hommage aux martyrs, dont Lalla Fadma N'Soumer, qui est souvent mise en avant alors qu'elle n'a pas directement participé aux combats d'Icheriden mais qu'elle a repoussé les troupes dans son village . etc (voir Chaker) 

De plus en utilisant le terme Martyrs, plus largement associé à la guerre d'Indépendance, cette indication vague désincarne totalement la valeur historique de cette plaque.





Sources: 
- "Discours d'inauguration du monument d'Icheriden" dans "Le gouvernement général de l'Algérie" J. Cambon. Gallica/ Bnf
- "Chroniques Tizi-Ouziennes" Jean de Crescenzo
J.de Crescenzo, cite lui même comme source principale, le journal de Harold Tarry, ancien adjoint spécial de Tigzirt, fondateur de l'hebdomadaire "Le Réveil de Tigzirt" : il "nous raconte par le menu, dans son journal, la recherche des corps, et nous décrit avec précision ce monument"
- l'article de la Dépêche de Kabylie qui m'a appris l'existence d'un ossuaire et motivé mes recherches mais ne citait malheureusement pas de sources.

Pour en savoir plus :
- Récit détaillé de la Bataille d'Icheriden ( écrit militaire colonial) 
L’Insurrection Kabyle de 1871 (encyclopédie berbère)

vendredi 3 octobre 2014

Le Petit Kabyle, 1886-1920

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"Le Petit Kabyle, journal politique et littéraire - Organe de la défense des intérêts de la Kabylie et des Issers " est un hebdomadaire paru entre1886 et 1920.

Ce journal au titre si fortement identitaire interpelle tout kabyle (Tiens?! un journal Kabyle ?) ...

"Malheureusement", il apparaît à la lecture du journal que non seulement il n'est jamais question des kabyles "de Kabylie et des Issers"  mais qu'en plus ils n'apparaissent que dans la rubrique "Faitsdivers" ....où :

- Ali Moussa a battu Yasmina,
- Lounis et Hamidi se sont battus en pleine rue pour de l'argent,
- Said a volé un mouton,
- Ferhat s'est sauvé avec l'argent de son indigène d'oncle Mohamed le jour du marché,
- Kider (Mohamed ben el Hadj) et Djeria (Mohamed ben Said) ont volé 20fr et d'autres objets qu'ils ont cachés chez eux...

Un organe colonial pur jus donc...qui se fend même d'un petit encadré sur la facilité excessive avec laquelle on accorde des naturalisations ...





La dernière page, consacrée aux réclames et horaires des trains.

Les numéros sont consultables et téléchargeables sur Gallica/BNF

dimanche 28 septembre 2014

Carte Michelin Algérie - 1956

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Couverture et Légende complète (pour les amoureux de cartes et plans, la légende de celle-ci est un roman)
Ce que la Carte Michelin de 1956 nous apprend de Fort-National ... 

Fort-National est une ville située à env. 27 km de Tizi-Ouzou. Pour s'y rendre on emprunte la RN15, route à grande circulation, revêtue de bitume, suffisamment large pour croiser et doubler sans difficulté. La route est sinueuse et comporte quelques fortes montées de 9 à 13%.

"Les chemins qui montent" à Fort-National sont pittoresques et la ville elle-même offre de beaux points de vue sur les paysages de Kabylie. D'ailleurs, la ville figure dans le Guide Vert Michelin des Hotels et restaurants. (détail dans le paragraphe plus bas et article du blog sur Les hôtels de Fort-National)

En longeant la RN15 vers Michelet 20km plus loin se trouve un autre point de vue remarquable, depuis le Monument d'Icheriden.

Ce que nous raconte la carte


Ce que le Guide Vert Michelin de 1956 raconte de Fort-National ... 
(extrait du guide "Algérie-Sahara-1956" issue du site alger-roi)

"FORT-NATIONAL :
Etablie sur la crête qui sépare les bassins de l'oued Rabta et de l'oued Aissi, Fort-National est une ville commerçante au coeur d'une région dont la population, dépassant par endroits 248 habitants au km2, représente une des plus fortes densités du monde, en pays rural montagnard.

Une épine dans l’œil de la Kabylie - Telle est l'appellation que donnèrent à Fort-Napoléon première dénomination de Fort-National, créée en 1857, les habitants de la région.
L'emplacement de cette forteresse avait été choisi pour sa situation sur le territoire des tribus qui avaient cristallisés la résistance contre le pénétration française et réussi, au cours de la révolte Kabyle de 1871, à tenir Fort-National bloquée pendant deux mois.

Cette citadelle tint longtemps sous le feu de ses canons les innombrables villages surpeuplés du coeur de la grande Kabylie, perchés sur les pitons. Avec la paix française, des maisons s'élevèrent au pied de la forteresse et Fort-National devint un des grands centres du massif. (Ce que le guide appelle "la forteresse" correspond à la Caserne, qui est restée domaine militaire jusqu'à présent. Mais à l'édification de Fort-National, la totalité de la cité était un domaine militaire circonscrit dans une enceinte. Les habitations et l'implantation civile se sont constituées progressivement - ndlr)

Le Panorama - Pour le voir dans toute son ampleur, demander tout d'abord l'autorisation de pénétrer dans le fort ( càd la Caserne sur les hauteurs - ndlr). Monter aux remparts. De là, on jouit d'un beau panorama sur la montagne kabyle et ses nombreuses arêtes coiffées de petits villages occupant une merveilleuse position défensive et se surveillant mutuellement. 
Au nord, sur les crêtes couvertes de villages de la Kabylie et les plus profonds ravins descendant vers la plaine du Sebaou, de l'autre, au sud, le paysage est dominé par la gigantesque barre rocheuse du Djurdjura dont la face Nord rongée par les glaces, apparaît dans son âpre nudité de haute montagne avec ses plaques de neige, ses cirques, ses pitons abrupts, ses immenses talus d'éboulis.

Au Sud, au Nord, au delà de la cuvette de l'oued Sebaou apparaissent les sommets boisés limitant l'horizon.

Les touristes pressés pourrons se contenter de la vue que l'on a des abords des remparts.

ENVIRONS :
1 - Icheridene (7k. S-E) A g. de la route de Michelet, qu'elle domine, se trouve la crête d'Icheridene (1065m) où furent livrés en 1857 et en 1871, les deux combats décisifs qui assurèrent la soumission de la Kabylie. Pyramide commémorative ; vue magnifique.
2- Taourirt-Amokrane (3k S-S-E) village Kabyle - 7km en auto AR, plus 1/2h de visite. A la sortie Sud de Fort-National, sitôt franchi le rempart, prendre le D1, piste qui se détache à droite de la N15 et, presque aussitôt, dés la première bifurcation, une piste qui s'embranche à gauche et ménage de belles vues sur Ait-Atelli.
Taourirt-Amokrane est un des villages les plus étendus de la Kabylie. Il s'étend sur une crête qui domine des pentes couvertes de chênes-lièges, d'oliviers, de figuiers et de quelques petits champs. Extérieurement, il se présente comme une village fortifié. Les maisons s'ouvrent sur une ruelle centrale. On voit ça et là des artisans fabriquant des poteries originales. On pourra de là continuer sur les Beni Yenni."

Présentation et Sommaire du Guide Vert Michelin - 1956 (source )

Pour clore cet article sur une carte et un guide touristique publiés 2 ans aprés le début de la Guerre d'Algérie, l'introduction du Guide : 

"Ami lecteur,
Les Services de Tourisme Michelin vous présentent un nouvel ouvrage : le guide "Algérie"
Cet ouvrage est l'oeuvre d'une équipe de spécialistes qui ont parcouru plus de 60.000km en Algérie au cours de l'année 1954 et y ont passé plusieurs mois. Ils ont rendu visite aux personnalités et aux collaborateurs les plus compétents, parcouru la plupart des routes et des pistes du Tell et du Sahara, visité toutes les curiosités, les villes, les villages et les ksour, prospecté les ressources hôtelières, annoté les plans des villes rue par rue.
Confiants dans l'avenir de l'Algérie, et malgré les récents événements d'Afrique du Nord, les Services de Tourisme Michelin ont déjà édité le guide "Algérie-Maroc" hôtels et restaurants, paru au printemps 1955 et la carte "Algérie" n°172, parue en janvier 1956. Le guide touristique qu'ils vous présentent aujourd'hui permettra à tous ceux qui s'intéressent à nos départements d'Afrique du Nord d'avoir une meilleure connaissance du pays. Et sitôt la tranquillité revenue, il guidera les touristes vers les trésors d'art de l'Algérie, vers ses villes et ses régions pittoresques."